Les Etats-Unis d'Europe ou l'utopie unioniste.

Source : Générationlibre (image modifiée)
Source : Générationlibre (image modifiée)

Déjà évoquée dans plusieurs articles, l'Union européenne est un sujet vaste à exploiter, une véritable source d'écriture, il serait possible d'en produire des textes à foison. Il existe cependant un projet dont on entend peu parler mais est toujours d'actualité malgré les divisions sur les problèmes actuels : les Etats-Unis d'Europe.

 

Idée issue de philosophes et d'écrivains, reprise par des personnalités politiques, ce projet a pour ambition de transformer le continent européen en un super Etat, même si la version défendue au sein de l'UE (notamment par le chef de groupe libéral au Parlement Guy Verhofstadt) ne comprendrait que les Etats-membres de cette organisation. C'est un projet très ambitieux de réunir presque une trentaine d'Etats dans une structure fédérale alors que ceux-ci ne parviennent pas à se mettre d'accord sur des dossiers où chacun devra chercher le compromis.

 

La question est la suivante : les Etats-Unis d'Europe existeront-ils un jour? Peut-être mais pour l'instant, ce projet devra rester dans les cartons car aujourd'hui, la configuration n'est pas optimale et demain ne sera pas meilleur si rien ne change.

 

Le nationalisme et l'extrême droite ont la cote

 

Il est fini le temps de la construction joyeuse de la communauté européenne, les problèmes actuels ont rattrapé les esprits. L'intégration était encouragée, les libertés ont été bien accueillies par la population comme la possibilité de pouvoir voyager librement ou encore de pouvoir travailler ailleurs plus facilement. La monnaie unique devait favoriser les échanges commerciales et le tourisme dans l'UE. Sauf que tout ça, c'est du passé.

 

Qui ne s'est pas déjà énervé d'entendre les médias déclarer que des criminels et des illégaux peuvent facilement traverser la frontière suite au Traité de Schengen (abolition partielle NDLR)? Que le dumping social est facilité par la concurrence des pays de l'Est grâce à la liberté de travail? Ou encore la concurrence fiscale qui pénalise ceux qui impose trop? Et oui, tout n'est pas rose, il y aura toujours des abus et des profiteurs dont la population devra payer pour eux. Tous ces arguments font le terreau des mouvements anti-européens et les bonnes affaires auprès des partis nationalistes et d'extrême droite prônant le retrait de leur pays de l'UE.

 

Lorsque l'économie va mal, l'insécurité est omniprésente, le terrorisme attaque, la population a l'impression qu'il y a de plus en plus d'étrangers qui occupent les logements sociaux et bénéficient des allocations sociales au détriment des citoyens "de souche", le rejet des maux sur l'UE leur rapporte des points. Et les solutions proposées ne manquent pas : rétablissement des frontières par la réinstauration permanente des douanes, adoption de lois autorisant des discriminations, assimilation forcée des valeurs nationales voire l'expulsion de tous les étrangers. Nous sommes loin de l'idée européenne d'une société multiculturelle.

 

Vu l'avancée de ces partis dans les sondages, annoncer une union plus avancée que celle actuelle n'est pas du tout envisageable. L'inverse serait préférable.

 

La souveraineté sacrée

 

Les partis cités précédemment insiste sur un concept étatique primordial : la souveraineté. Ce principe reconnu depuis le Traité de Westphalie et repris dans la Charte de l'ONU considère que chaque Etat dispose d'un pouvoir légitime applicable sur l'ensemble de son territoire et de sa population sans que les autres ne puissent interférer directement.

 

La délégation de pouvoirs étatiques vers une structure supranationale reste une question délicate. Un Etat qui accepte doit y réfléchir à deux fois : une fois délégués, plus moyen de faire machine arrière sans devoir en payer le prix.

 

Les compétences que l'UE possède sont celles que les Etats-membres ont accepté de lui donner lors des négociations ou de leur adhésion. La question de l'élargissement des pouvoirs reste une débat entre ceux qui prônent pour une intégration plus poussée et ceux qui souhaiteraient privilégier une structure intergouvernementale où chaque membre conserve ses pleines prérogatives. La première option n'est plus envisageable en raison des failles dans leur application et les délégations incomplètes, aboutissant à des résultats peu concluants.

 

Et encore, tous les membres ne délèguent pas, certains demandent des opting out, c'est à dire adhérer à un accord sans y participer. L'exemple le plus courant est la monnaie unique. Lorsqu'elle fut appliquée en 1999 pour les transactions financières puis en 2002 sous forme fiduciaire, le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède ont refusé d'abandonner leur monnaie nationale et le refusent encore.

 

Si les Etats-Unis d'Europe devait apparaître, cela signifierait que les Etats-membres devraient accepter d'abandonner leurs fonctions régaliennes. Tous vont-ils accepter si certains y perdront plus? Les opting out seront-ils encore une option? La population serait-elle d'accord d'abandonner leur nationalité? La crainte de perdre son identité et sa culture peut peser dans la décision.

 

Une construction ne vaut pas une autre

 

Car n'oublions pas que les pays européens existent depuis longtemps ou récemment. L'histoire est différente, celle de leur constitution aussi. L'un des arguments des unionistes est de se baser sur le modèle des Etats-Unis d'Amérique. Pour la répartition des pouvoirs, je suis d'accord. Mais pas pour la construction. La formation de pays sur base d'union entre Etats diffère d'un pays à l'autre.

 

Par exemple, les Etats-Unis que l'on connait actuellement se sont formés en s'affranchissant de la tutelle britannique puis via l'achat à d'autres pays (Floride, Louisiane, Alaska), la conquête de l'Ouest face aux Amérindiens, l'adhésion de républiques devenues indépendantes (Texas et une partie de la Californie) et la prise de territoires sur le Mexique (New Mexico, Utah, Nevada et une partie de l'Arizona).

 

En réalité, il est dangereux de comparer, chaque cas étant unique. Les partisans pourraient utiliser la Suisse où des cantons se sont unifiés sous une confédération devenue une fédération. Ou encore la Tanzanie qui reste un cas rare en Afrique sur un continent où les divisions ont eu lieu (Sénégambie, Rhodésie, Ruanda-Urundi, Soudan qui a perdu la moitié sud).

 

Si les Etats-Unis d'Europe doivent se créer, ce sera par l'accord des Etats-membres uniquement. L'UE n'est pas assez forte pour imposer ce choix, et cette option serait de toute façon contre-productive parce qu'elle renforcerait l'animosité de la population envers elle.

 

Une nouvelle guerre de sécession ?

 

La situation peut changer au fil des années. Un gouvernement acceptant les Etats-Unis ne restera pas éternellement au pouvoir. Le suivant peut demander son retrait pour redevenir indépendant. Du moins, le pourra-t-il ?

 

La structure actuelle l'autorise. Le Brexit est l'exemple en cours où le Royaume-Uni, sous forme d'un référendum, a demandé son retrait, à présent défendu par l'actuel Premier ministre Theresa May. La procédure n'est pas encore enclenchée, les préparations si. Il faut tout renégocier, inclure les services britanniques autrefois transférés au niveau européen. Bref ce sera un travail de longue haleine.

 

Ici, je parle d'un retrait pacifique et reconnu. Que se passerait-il si les EUE ne reconnaîtraient plus ce droit? L'Etat va-t-il s'engager dans une guerre d'indépendance?

Et encore, je parle d'un Etat. Les unionistes aiment comparer avec les USA, voyons s'ils aimeraient connaitre une guerre de sécession à la sauce européenne entre les défenseurs de l'Union (le pouvoir au fédéral) et les confédéralistes (le pouvoir aux Etats). Certes, l'UE s'est construite pour favoriser la paix, elle a même reçu un prix Nobel de la Paix pour cela (Lire "La paix n'a pas de prix"[1]) mais l'histoire ne reste jamais figée. Et malheureusement, les différences entre membres persistent, pouvant aboutir à une grave crise si celles-ci ne sont pas prises en compte.

 

Les possibles conséquences internationales

 

Nous avons évoquer les arguments ne concernant que l'UE, il faut à présent rajouter la dimension internationale. Comment réagiront les grands puissances à l'émergence des EUE?

 

La Russie serait en alerte rouge générale en voyant du jour en lendemain un puissant Etat à ses frontières (par la Finlande et les Etats baltes) encerclant Kaliningrad. Déjà voir l'UE empiéter sur l'espace post-soviétique avec l'OTAN ne lui fait pas plaisir, alors imaginer sa réaction face aux EUE, surtout en incluant l'unification des armées européennes sous un commandement unique. Cela reste hypothétique, la situation pourrait déboucher sur une nouvelle guerre froide tout comme elle pourrait aussi aboutir à une coopération renforcée. Seule l'histoire nous le dira.

 

Quant aux Etats-Unis d'Amérique, la réaction sera mitigée. Leur position n'a pas changé depuis la guerre froide : il faut une Europe forte mais pas trop. Assez forte pour résister à l'URSS puis à la Russie mais pas trop pour éviter la création d'une forteresse européenne qui n'aurait plus besoin de l'OTAN et ne souhaiterait plus suivre la position étasunienne lors de discussions.

 

Tout ceci est, comme dit précédemment, hypothétique. Je ne suis pas devin, personne ne l'est, il faudra baser l'analyse selon le gouvernement en place. Il démontre cependant qu'il faut inclure l'aspect international pour un tel projet.

 

La structure des EUE

 

C'est le gros point d'interrogation : comment ce super Etat sera-t-il formé? Si nous nous basons sur le modèle outre-Atlantique, le Parlement européen deviendrait la Chambre des Représentants, un Sénat peut être envisagé pour représenter l'intérêt des Etats-membres, les parlements nationaux deviendraient étatiques, la Commission deviendrait le gouvernement et le Conseil européen deviendrait obsolète.

 

Parler de gouverneurs serait une erreur, autant laisser les structures en place au nom de la souveraineté étatique. Pour le reste, ce sera l'affaire des discussions.

 

 

Il est trop tôt pour en parler. Il faut d'abord régler les dissensions entre partenaires, corriger les erreurs d'intégration, définir les limites de l'UE, tenir compte des tendances nationalistes des Etats-membres. Seulement après, la question pourra être évoquée, s'il y aura encore quelqu'un pour la poser.

 

 



[1] http://uncoindecerveau.jimdo.com/2016/10/07/la-paix-n-a-pas-de-prix/

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