Les populistes : populaires ou impopulaires ?

Source : Franceinfo
Source : Franceinfo

Ne niez pas la réalité : il y a bien un jour où vous avez entendu des discours qui vous accrochent, répondent justement à l'ensemble de vos désirs sans que ceux-ci ne découlent d'un parti connu car son auteur promet le changement face à l'immobilisme responsable de tous les maux. Ne cherchez plus : vous avez écouté un populiste.

 

Le populisme ? Une forme de démagogie dont le programme surfe sur le désir des gens plutôt que sur les idées que défendent le parti ou le candidat. C'est une tendance qui s'invite beaucoup lors des élections car un candidat qui convainc est un futur élu à condition qu'il soit à la hauteur de son poste et qu'il ne s'adresse pas à des personnes attachées à leurs valeurs.

 

Comment l'identifier ? Il s'agit souvent d'un nouveau parti qui arrive lorsque la situation est désespérée. Il trouve toujours un coupable responsable de tous les maux (étrangers, multinationales, institutions européennes, criminels, premier ministre, boulanger du coin, chiens du voisin, etc.) pour surfer sur la colère populaire. Il est brillant lors des élections mais s'éteint rapidement par l'incompétence et les critiques. D'abord en haut, il peut rapidement finir en bas en raison du manque de cohérence et de l'amateurisme de ceux qui ont rejoint par pure tendance.

 

Philippines : Duterte va à la dure

 

Rodrigo Duterte est le président des Philippines depuis le 9 mai 2016. Pourquoi le citer ? Parce que sa personnalité politique est difficile à cerner. Bien que ses propos frisent le populisme en n'hésitant pas à insulter ni à sortir des phrases chocs allant jusqu'aux appels au meurtre, il possède des valeurs allant du progressisme pouvant aller à l'encontre des valeurs catholiques conservatrices (avortement, homosexualité, respect des communautés) à l'emploi de la manière forte qui pose question (guerre contre les vendeurs de drogues, peine de mort, déni du viol, impunité pour les tueurs de dealers). Malgré certaines mesures choquantes et des propos pouvant heurter la diplomatie, il reste populaire.

 

Est-ce donc un populiste ? Des médias européens répondent oui en raison des mesures qui vont à l'encontre du principe du respect des institutions et du droit. Aux Philippines, on préfère chasser le criminel au fusil de chasse plutôt qu'à la matraque et comme à la guerre, il n'y a pas de prisonnier. Dire qu'il faut tuer les trafiquants, c'est une idée qui fait plaisir car la population n'aime pas une justice jugée trop clémente et un gouvernement trop inactif voire corrompu. Sauf que le non-respect des codes établis peut mener à l'anarchie et au chaos car parmi les personnes abattues, qui étaient réellement des trafiquants ou des consommateurs? Difficile à dire. La loi de la jungle ne peut fonctionner à long-terme et y prendre goût transformera un habitant civilisé en un animal considérant chacun comme une menace. Faire plaisir ne va pas toujours de pair avec l'efficacité. Duterte en profite, mais pour combien de temps ?

 

Est-il donc un populiste ? Oui et non. Il considère les mesures fortes comme populaire donc il faut les maintenir. C'est une des logique défendue par les populistes. Mais il prend aussi des mesures audacieuses pouvant le mettre à dos avec les conservateurs qui refusent le changement. Il a donc des idées mais préfère protéger celles qui le popularisent sans questionner l'efficacité à long terme. Et il n'est pas le seul à devoir se poser la question.

 

USA : Shérif, fais-moi voter pour toi

 

La sécurité, un thème important pour remporter les élections. Aux Etats-Unis, les shérifs sont des officiers élus chargés de la sécurité d'un comté. On pense au policier qui protège sa ville face aux criminels. Cette image est peu ternie car certains pratiquent le populisme en surfant sur leur rôle de punisseur par le devoir de purger la localité de tous les maux. Pour cela, il suffit de détourner le rôle des condamnations : ils ne doivent plus servir à corriger pour réinsérer le déviant, ils doivent au contraire l'enfoncer en le punissant de la manière la plus dure car c'est simplement un criminel.

 

Enfermer les méchants pour protéger les gentils qui peuvent les humilier et se dire qu'ils ont eu justice, c'est tentant. Sauf que ce n'est pas efficace. La récidive est un argument non repris mais pourtant reste primordial pour juger la politique judiciaire. Si elle est élevée, c'est qu'il reste des problèmes à résoudre dont la situation socio-économique, la criminalité organisée ou les discriminations. Mais tant que la répression fait gagner les élections, pourquoi changer?

 

Trump surfe aussi sur la tendance du shérif. Dire qu'il faut un mur pour protéger les gentils blancs citoyens face aux méchants Mexicains, tous voleurs et dealers, ça attire les électeurs mais pas la victoire. Sauf que les populistes deviennent un sujet de leur opposants qui vont jusqu'à oublier leur programme durant leurs discours. En attendant, Trump brille par son impopularité en raison de son incompétence, de ses discours de rejet, de son attitude arrogante. Ouvrir sa bouche aux Etats-Unis ou aux Philippines pour sortir des grossièretés et des blagues vulgaires, ça n'apporte pas les même effets.

 

Populisme-extrême droite, même combat ?

 

La description du populisme vous a peut-être fait penser à l'extrême droite. Il est vrai qu'il existe des ressemblances, notamment sur la question des autres qui sont les responsables des problèmes, qu'ils ont une méfiance sur les institutions internationales restreignant les pouvoirs nationaux, que la peur et la colère sont des moyens pour attirer des électeurs. Mais n'assimilons pas l'extrême droite et le populisme car il existe aussi des mouvements populistes surfant sur l'extrême gauche voire sur une voie plus restreinte.

 

De plus, les partis populistes attirent des électeurs de toute horizon sur base du changement alors que les partis extrémistes attirent des électeurs sous un programme fondé sur leurs valeurs. Et pas question d'alliance, la méfiance est de mise malgré les similitudes.

 

Donc, pas d'amalgame ni de conclusion populiste. Populisme est un mot que les adversaires utilisent plus que les vrais populistes car ils ne vont pas dire ce qu'ils sont réellement. C'est le point commun de toutes les personnalités politiques : unies derrière le mensonge et la manipulation de masse pour la victoire à condition de savoir convaincre. La différence est la manière employée pour y arriver et il n'y a qu'un pas pour tomber dans le courant populiste.

 

Articles consultés:

 

http://www.francetvinfo.fr/monde/asie/goodies-milices-et-apologie-du-viol-qui-est-rodrigo-duterte-le-president-philippin-qui-insulte-les-meres-des-chefs-d-etats_1812521.html

http://information.tv5monde.com/info/populistes-nationalistes-extreme-droite-quelles-differences-1841

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